Santé au travail5 octobre 2026 · 10 min de lecture

Visite de reprise après un arrêt maladie : quand est-elle obligatoire en 2026, et quand peut-on s'en passer ?

Consultation médicale avec un médecin, visite de reprise après un arrêt de travail
Réponse rapideLa visite de reprise chez le médecin du travail est obligatoire après au moins 60 jours d'arrêt pour maladie ou accident non professionnel, 30 jours pour un accident du travail, et après toute maladie professionnelle ou congé maternité. L'employeur doit l'organiser dans les 8 jours suivant votre retour. Depuis le 15 juin 2026 (décret n° 2026-503), elle peut être supprimée si une visite de préreprise a eu lieu dans les 30 jours précédant la reprise sans qu'aucun aménagement de poste ne soit jugé nécessaire.
L'essentiel
  • 60 jours d'arrêt maladie (30 jours pour un accident du travail) déclenchent une visite de reprise obligatoire, à organiser par l'employeur dans les 8 jours calendaires suivant le retour.
  • Nouveau depuis le 15 juin 2026 : une visite de préreprise passée dans les 30 jours avant le retour, sans aménagement préconisé, dispense de la visite de reprise (décret n° 2026-503 du 12 juin 2026).
  • Dès 30 jours d'arrêt, vous pouvez demander une visite de préreprise et un rendez-vous de liaison avec votre employeur. Refuser ce rendez-vous ne peut vous être reproché.
  • Les arrêts longs pèsent lourd : 400 000 arrêts en ALD non exonérante ont coûté 3,2 milliards d'euros à l'Assurance maladie en 2023, avec une hausse d'environ 6 % par an.
  • En cas d'inaptitude, l'employeur a un mois pour vous reclasser ou vous licencier. Au-delà, il doit reprendre le paiement de votre salaire.

Vous reprenez le travail après deux, quatre ou dix mois d'arrêt ? Avant de retrouver votre poste, une étape est souvent obligatoire : la visite de reprise auprès du médecin du travail. Elle n'a rien d'une formalité. C'est elle qui dit si vous êtes apte, si votre poste doit être aménagé, ou si un reclassement s'impose. Deux textes de 2026 ont changé la donne : le décret du 12 juin 2026, qui permet dans certains cas de s'en passer, et le décret du 16 septembre 2026, qui limite à un an les indemnités journalières de certains arrêts longs à partir du 15 octobre. Le premier simplifie le retour, le second le rend plus urgent. Voici les règles, un tableau par durée d'arrêt et un calendrier concret pour préparer votre reprise.

Quand la visite de reprise est-elle obligatoire ?

Le Code du travail fixe quatre cas, rappelés par le Code du travail numérique (fiche mise à jour le 31 août 2026) :

La visite doit avoir lieu dans les 8 jours calendaires à compter de la reprise. C'est l'employeur qui saisit le service de prévention et de santé au travail, dès qu'il connaît la date de votre retour. Le temps passé à la visite est pris sur les heures de travail sans retenue de salaire, ou rémunéré comme du temps de travail, et les frais de transport sont à la charge de l'employeur (article R4624-39 du Code du travail).

Si votre employeur ne bouge pas. Vous n'êtes pas obligé d'attendre. L'article R4624-34 vous permet de demander vous-même un examen au médecin du travail, à tout moment, notamment lorsque vous anticipez un risque d'inaptitude. Cette demande ne peut motiver aucune sanction.

Qu'est-ce qui a changé le 15 juin 2026 ?

Le décret n° 2026-503 du 12 juin 2026 modifie les visites de préreprise et de reprise pour les arrêts prescrits à partir du 15 juin 2026. Deux changements, détaillés par Service-Public.fr le 18 juin 2026 :

  1. Une dispense de visite de reprise. Elle n'est plus requise si deux conditions sont réunies : une visite de préreprise a eu lieu dans les 30 jours précédant la reprise effective, et le médecin a conclu qu'aucune mesure d'aménagement, d'adaptation ou de transformation du poste, ni d'aménagement du temps de travail, n'était nécessaire. Le salarié, l'employeur ou le médecin du travail peut toutefois toujours demander la visite de reprise.
  2. L'employeur est informé de la préreprise. Le service de santé au travail le prévient désormais de l'organisation de la visite de préreprise, même lorsque le médecin ne formule aucune recommandation, sauf si vous vous y opposez.

Concrètement, la préreprise devient la visite qui compte. Bien placée dans le temps, elle remplace la visite de reprise. Trop tôt (plus de 30 jours avant votre retour), elle ne dispense de rien.

Le droit d'opposition est à exercer avant la visite. Si vous ne souhaitez pas que votre employeur sache que vous préparez votre retour (conflit, harcèlement, projet de reconversion), dites-le au service de santé au travail au moment de prendre rendez-vous. Sans opposition de votre part, l'information lui est transmise.

Préreprise, rendez-vous de liaison, reprise : quelle visite selon la durée de votre arrêt ?

Trois rendez-vous coexistent et sont souvent confondus. Le rendez-vous de liaison n'est pas médical : il réunit le salarié et l'employeur, avec le service de santé au travail, pour vous informer des actions de maintien en emploi possibles (article L1226-1-3). La préreprise se passe pendant l'arrêt, avec le médecin du travail, et peut être demandée par vous, votre médecin traitant, le médecin conseil de l'Assurance maladie ou le médecin du travail. La reprise a lieu après le retour.

Le tableau ci-dessous, construit par l'équipe ideZen à partir des seuils légaux, croise la durée et l'origine de l'arrêt avec chaque rendez-vous.

Votre situationRendez-vous de liaisonVisite de prérepriseVisite de reprise
Arrêt maladie de 3 semainesNon prévuNon prévueNon obligatoire
Arrêt maladie de 45 joursPossible, à votre demande ou à celle de l'employeurPossible (arrêt de plus de 30 jours)Non obligatoire (moins de 60 jours)
Accident du travail de 5 semainesPossiblePossibleObligatoire (30 jours ou plus)
Maladie professionnelle de 10 joursNon prévuNon prévueObligatoire, quelle que soit la durée
Burn-out, arrêt maladie de 4 moisPossible, recommandéRecommandée dans le dernier moisObligatoire, sauf dispense si préreprise de moins de 30 jours sans aménagement
Dépression en ALD non exonérante, arrêt de 11 moisPossible, recommandéÀ anticiper : les indemnités s'arrêtent à un anObligatoire, sauf dispense

Pour mesurer l'enjeu : l'Assurance maladie relevait en juillet 2026 une progression des indemnités journalières pour accidents du travail et maladies professionnelles de 30 % en cinq ans, tirée par l'allongement des arrêts (rapport Charges et produits pour 2027). Plus un arrêt dure, plus le retour se prépare tôt.

Arrêt long en ALD non exonérante : le calendrier à suivre depuis le 15 octobre 2026

Le décret n° 2026-866 du 16 septembre 2026 ramène de trois ans à un an la durée maximale des indemnités journalières pour les arrêts relevant d'une affection de longue durée non exonérante, prescrits à partir du 15 octobre 2026 (Service-Public.fr, 24 septembre 2026). Ces arrêts représentaient en 2023 environ 400 000 cas pour 3,2 milliards d'euros, avec une hausse d'environ 6 % par an, selon les chiffres de l'Assurance maladie repris par Santé mentale le 22 septembre 2026. Nous avons détaillé qui est concerné dans notre article sur l'arrêt maladie en ALD non exonérante limité à un an.

Conséquence pratique : la fin des indemnités ne met fin ni à l'arrêt, ni au contrat de travail. Si vous n'avez rien préparé, vous pouvez vous retrouver toujours arrêté, sans indemnité de la Sécurité sociale et sans visite de reprise programmée. Voici un calendrier type pour un arrêt débutant le 20 octobre 2026 :

MomentDate indicativeAction
Jour 3019 novembre 2026Le rendez-vous de liaison et la préreprise deviennent possibles. Demandez à votre employeur de vous informer des actions de maintien en emploi.
Mois 6Avril 2027Faites le point avec votre médecin traitant : retour envisageable, temps partiel thérapeutique, ou demande d'invalidité ?
Mois 9 à 10Juillet à août 2027Prenez rendez-vous de préreprise et fixez une date de retour avant la fin des indemnités.
30 jours avant le retourSeptembre 2027 (retour visé début octobre)Passez la préreprise dans cette fenêtre : si aucun aménagement n'est nécessaire, elle vous dispense de visite de reprise.
Reprise + 8 joursDébut à mi-octobre 2027Visite de reprise si un aménagement a été préconisé ou si quelqu'un la demande.
Un an d'arrêtAutour du 20 octobre 2027 (date exacte notifiée par la CPAM)Fin des indemnités journalières en ALD non exonérante.

Pour le volet financier, la perte de revenus pendant un arrêt, avec ou sans contrat de prévoyance, est chiffrée par Argent.info dans son calcul de la perte de salaire en arrêt maladie. Si un retour à temps plein paraît prématuré, le mi-temps thérapeutique permet de reprendre progressivement en conservant une partie des indemnités.

Que se passe-t-il pendant la visite, et que vaut l'avis du médecin du travail ?

La visite peut se faire en téléconsultation si vous et le médecin y consentez. Le médecin examine votre état de santé au regard de votre poste réel : horaires, charge, déplacements, exposition au public. Il peut conclure à :

Vous pouvez contester l'avis devant le conseil de prud'hommes dans un délai de 15 jours, selon la procédure accélérée prévue à l'article L4624-7.

« La préreprise est le seul rendez-vous où vous pouvez encore négocier votre retour avant d'être face au poste. » C'est le conseil que nous donnons aux lecteurs qui sortent d'un burn-out : arrivez avec une liste précise de ce qui vous a fait tomber.

Inaptitude : combien de temps sans salaire, et quelles indemnités ?

Après un avis d'inaptitude, l'employeur dispose d'un mois pour vous reclasser ou vous licencier. Faute de quoi, il doit reprendre le versement de votre salaire, même si vous avez refusé un poste de reclassement (article L1226-4). La différence selon l'origine de l'inaptitude est importante :

Inaptitude d'origine non professionnelleInaptitude d'origine professionnelle (AT/MP)
Pendant le mois de reclassementAucun revenu spécifique prévu par la loiIndemnité temporaire d'inaptitude versée par la CPAM, égale à la dernière indemnité journalière AT/MP, pendant un mois au plus
Après un mois sans reclassement ni licenciementReprise du salaire par l'employeurReprise du salaire par l'employeur
Indemnité de licenciementIndemnité légale ou conventionnelleIndemnité spéciale égale au double de l'indemnité légale, plus une indemnité équivalente au préavis (article L1226-14)

Si l'inaptitude débouche sur une incapacité durable de travailler, la pension d'invalidité peut prendre le relais. Son articulation avec la retraite est expliquée par Argent.info dans son guide sur la pension d'invalidité et la retraite à 62 ans.

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Sources

Mis à jour le 5 octobre 2026. Cet article ne remplace pas l'avis de votre médecin, du médecin du travail ni celui de votre CPAM.

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Équipe ideZen
Contenus rediges par l'equipe editoriale de ideZen, specialistes du secteur. Informations verifiees et sourcees. Cet article ne remplace pas l'avis de votre medecin, du medecin du travail ni celui de votre CPAM.

Questions frequentes

La visite de reprise est-elle obligatoire après un arrêt maladie d'un mois ?

Non. Pour un arrêt maladie d'origine non professionnelle, la visite de reprise n'est obligatoire qu'à partir de 60 jours d'arrêt. Dès 30 jours, vous pouvez en revanche demander une visite de préreprise ou un rendez-vous de liaison, et vous pouvez à tout moment solliciter vous-même un examen par le médecin du travail.

Dans quel délai l'employeur doit-il organiser la visite de reprise ?

Dans les 8 jours calendaires suivant votre reprise du travail. C'est l'employeur qui saisit le service de prévention et de santé au travail dès qu'il connaît la date de votre retour. Le temps de la visite est rémunéré et les frais de transport sont à sa charge.

Peut-on être dispensé de visite de reprise depuis 2026 ?

Oui, pour les arrêts prescrits depuis le 15 juin 2026 : si une visite de préreprise a eu lieu dans les 30 jours précédant la reprise et que le médecin du travail n'a préconisé aucun aménagement de poste ou du temps de travail, la visite de reprise n'est plus requise. Le salarié, l'employeur ou le médecin peut toutefois toujours la demander.

Mon employeur sera-t-il prévenu de ma visite de préreprise ?

Depuis le décret du 12 juin 2026, oui, le service de santé au travail informe l'employeur de l'organisation de la visite de préreprise, même sans recommandation du médecin. Vous pouvez vous y opposer : signalez-le au service de santé au travail au moment de la prise de rendez-vous.

Que se passe-t-il si le médecin du travail me déclare inapte ?

L'employeur a un mois pour vous reclasser ou vous licencier. Passé ce délai, il doit reprendre le paiement de votre salaire. Si l'inaptitude est d'origine professionnelle, la CPAM verse pendant ce mois une indemnité temporaire d'inaptitude et le licenciement ouvre droit à une indemnité spéciale doublée. L'avis peut être contesté devant le conseil de prud'hommes sous 15 jours.

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Sources : Légifrance, Service-Public.fr, Code du travail numérique, Assurance maladie - Mis a jour le 5 octobre 2026

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