Actualité santé29 septembre 2026 · 11 min de lecture

Arrêt maladie long : indemnités limitées à un an dès le 15 octobre 2026 pour la dépression réactionnelle et le burn-out

Bureau avec documents administratifs et calculatrice, dossier d'arret maladie
Réponse rapideÀ partir du 15 octobre 2026, un arrêt maladie relevant d'une affection de longue durée non exonérante — typiquement un syndrome dépressif réactionnel ou un burn-out qui se prolonge — n'est plus indemnisé par la Sécurité sociale que pendant un an, contre trois auparavant (décret n° 2026-866 du 16 septembre 2026). Les ALD exonérantes, dont les affections psychiatriques de longue durée, gardent trois ans. L'arrêt lui-même peut durer plus longtemps : ce sont les indemnités qui s'arrêtent.
L'essentiel
  • Un an d'indemnités au lieu de trois pour les arrêts relevant d'une ALD non exonérante, prescrits à partir du 15 octobre 2026 (décret n° 2026-866 du 16 septembre 2026, publié au Journal officiel du 18 septembre).
  • Le syndrome dépressif réactionnel est l'exemple type d'ALD non exonérante cité par l'Assurance maladie. Un burn-out qui se prolonge au-delà de six mois entre souvent dans cette case.
  • Les ALD exonérantes gardent trois ans, dont les affections psychiatriques de longue durée (dépression récurrente, troubles bipolaires).
  • 401 000 arrêts et 3,17 milliards d'euros d'indemnités en 2023 pour les ALD non exonérantes, soit environ 7 900 € par arrêt en moyenne.
  • Sur notre cas chiffré (2 400 € bruts par mois, arrêt de 18 mois), la mesure représente environ 7 200 € bruts d'indemnités en moins.

Un arrêt maladie long pour épuisement professionnel ou dépression « réactionnelle » — celle qui fait suite à un choc, un conflit, une surcharge — ne sera plus indemnisé que pendant un an par la Sécurité sociale, contre trois jusqu'ici. Le décret est paru le 18 septembre, il s'applique le 15 octobre, et il n'a donné lieu à aucun courrier aux assurés. Il arrive un mois après une autre réforme, le plafonnement de la durée des prescriptions au 1er septembre, et quelques jours avant la présentation du budget de la Sécurité sociale pour 2027, qui annonce de nouvelles économies sur les arrêts. Voici ce qui change vraiment, qui est concerné, ce que cela coûte, et comment préparer la suite.

Que change exactement le décret du 16 septembre 2026 ?

Jusqu'ici, un salarié en arrêt de longue durée au titre d'une affection de longue durée (ALD) pouvait percevoir des indemnités journalières pendant trois ans, qu'il s'agisse d'une ALD « exonérante » (soins remboursés à 100 %) ou « non exonérante » (ticket modérateur maintenu). Le décret n° 2026-866 casse cette égalité.

SituationDurée maximale d'indemnités journalières avant le 15 octobre 2026Arrêts concernés à partir du 15 octobre 2026
Arrêt maladie ordinaire (hors ALD)360 indemnités sur 3 ansInchangé : 360 indemnités sur 3 ans
ALD exonérante (liste ALD 30, hors liste, polypathologie)3 ansInchangé : 3 ans
ALD non exonérante (arrêt ou soins de plus de 6 mois, sans 100 %)3 ans1 an

Pour ouvrir une nouvelle période d'indemnisation d'un an au titre de la même maladie, il faudra avoir repris le travail pendant au moins un an, précise le Code du travail numérique.

L'idée reçue à corriger. « Mon arrêt ne pourra plus dépasser un an. » C'est faux. Le décret ne limite pas la durée médicale de l'arrêt : votre médecin peut vous arrêter aussi longtemps que votre état l'exige. Ce qui s'arrête au bout d'un an, c'est le versement des indemnités journalières par l'Assurance maladie. Au-delà, vous pouvez rester en arrêt… sans revenu de remplacement de la Sécurité sociale.

Le même décret ouvre aussi, depuis le 19 septembre 2026, la possibilité de sanctionner un assuré dont l'arrêt n'est pas justifié par son état de santé.

Burn-out, dépression : qui passe de trois ans à un an ?

Tout dépend de la catégorie d'ALD retenue par le service médical, pas du diagnostic posé au quotidien. Or, en santé mentale, la frontière passe précisément entre les deux régimes.

Le burn-out n'est pas une maladie répertoriée en tant que telle. Lorsqu'il se prolonge, il est le plus souvent qualifié d'épisode dépressif, d'anxiété ou de trouble de l'adaptation, c'est-à-dire, dans la majorité des cas, d'une affection non exonérante. C'est pour cette raison que la mesure touche en priorité les arrêts longs liés à l'épuisement professionnel — et les troubles musculo-squelettiques, l'autre grand motif d'arrêt de longue durée.

Un cas à part : la maladie professionnelle. Un burn-out reconnu comme maladie professionnelle relève du régime des accidents du travail et maladies professionnelles, qui n'est pas concerné par ce décret. La reconnaissance reste rare et longue ; nous en détaillons les conditions dans notre article sur le burn-out, sa durée d'arrêt et sa reconnaissance.

L'enjeu financier explique la mesure : selon l'étude d'impact du budget 2026 de la Sécurité sociale, les indemnités versées au titre des ALD non exonérantes représentaient 3,17 milliards d'euros pour 401 000 arrêts en 2023, en hausse de plus de 6,4 % par an. Soit, en moyenne, près de 7 900 € par arrêt.

Mon arrêt est déjà en cours : suis-je concerné ?

La règle de transition tient en une phrase : le nouveau plafond vise les arrêts prescrits à partir du 15 octobre 2026 et les arrêts en cours qui atteignent six mois après cette date. Ceux qui ont déjà dépassé six mois d'arrêt au 15 octobre conservent l'ancien régime. Traduit en dates de début d'arrêt :

Arrêt ayant débuté le…Six mois atteints le…Régime applicable
1er mars 20261er septembre 2026Ancien : jusqu'à 3 ans
1er avril 20261er octobre 2026Ancien : jusqu'à 3 ans
Vers le 15 avril 2026Vers le 15 octobre 2026Zone charnière : vérifier auprès de la CPAM
1er mai 20261er novembre 2026Nouveau : 1 an
1er septembre 20261er mars 2027Nouveau : 1 an
À partir du 15 octobre 2026—Nouveau : 1 an

Une nuance importante : certaines analyses juridiques retiennent comme critère la date à laquelle le service médical a effectivement reconnu l'ALD non exonérante, plutôt que le simple décompte des mois d'arrêt. Si votre arrêt a commencé entre mars et mai 2026, demandez par écrit à votre CPAM, via votre compte ameli, sous quel régime votre arrêt est indemnisé et à quelle date l'accord a été notifié. Gardez la réponse.

Un arrêt long ne doit pas se doubler d'un problème de couverture

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Combien perd-on concrètement ? Le calcul sur un cas réel

Prenons Claire, 41 ans, cadre intermédiaire à 2 400 € bruts par mois, arrêtée pour un syndrome dépressif réactionnel après une réorganisation de son service. Son arrêt débute en novembre 2026 : il relève du nouveau régime.

Son indemnité journalière est égale à 50 % de son salaire journalier de base, calculé sur ses trois derniers salaires : 7 200 € ÷ 91,25 jours × 50 % = 39,45 € bruts par jour. Elle reste sous le plafond de 42,97 € fixé depuis juillet 2026. Après CSG et CRDS (6,7 %), cela représente environ 36,80 € nets par jour, soit à peu près 1 100 € par mois.

Durée totale de l'arrêtIndemnités perçues, ancien régimeIndemnités perçues, nouveau régimeManque à gagner brut
10 mois10 mois10 mois0 €
12 mois12 mois12 mois0 €
18 mois18 mois12 mois≈ 7 220 € (183 jours)
24 mois24 mois12 mois≈ 14 400 € (365 jours)

Deux enseignements. D'abord, la mesure ne coûte rien à ceux qui reprennent dans l'année, ce qui reste le cas le plus fréquent. Ensuite, elle frappe durement les arrêts qui s'enlisent : c'est-à-dire, en santé mentale, les rechutes et les reprises avortées. À partir du treizième mois, Claire n'a plus de revenu de remplacement de la Sécurité sociale, alors que ses charges fixes, elles, courent toujours.

Le maintien de salaire par l'employeur ne comble pas ce trou : prévu par le Code du travail pour les salariés ayant au moins un an d'ancienneté, il s'étale sur quelques semaines à quelques mois selon l'ancienneté, et s'est donc éteint bien avant le douzième mois. Pour mesurer la perte de revenu dès les premiers jours d'arrêt — délai de carence, plafond des indemnités —, notre site partenaire argent.info a détaillé combien on perd réellement pendant un arrêt maladie sans prévoyance.

Ce qui a déjà changé le 1er septembre : un arrêt renouvelé tous les deux mois

La mesure du 15 octobre s'ajoute à une autre, entrée en vigueur un mois et demi plus tôt. Depuis le 1er septembre 2026 (décret n° 2026-498 du 12 juin 2026, pris en application de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026) :

Le calcul que personne ne fait : pour couvrir douze mois d'arrêt sans dérogation, il faut désormais au moins sept prescriptions (31 jours, puis six prolongations de 62 jours). Chacune est une consultation à obtenir à temps. En cas de non-respect des durées ou des conditions de prescription, la CPAM peut refuser de verser les indemnités. Pour une personne épuisée, anticiper le rendez-vous de renouvellement deux semaines avant l'échéance n'est pas un détail administratif : c'est ce qui évite une interruption de revenu.

Après un an : quels relais pour ne pas se retrouver sans revenu ?

Aucun des relais possibles n'est automatique. Ils doivent être préparés plusieurs mois avant l'échéance, idéalement dès le sixième mois d'arrêt.

RelaisCondition principaleMontant indicatif
Temps partiel thérapeutiqueReprise partielle validée par le médecin et acceptée par l'employeurSalaire du temps travaillé + indemnités journalières, sur une durée limitée (jusqu'à un an supplémentaire selon les cas)
Pension d'invalidité, catégorie 1Capacité de travail réduite d'au moins deux tiers, activité encore possible30 % du salaire annuel moyen des 10 meilleures années (338,31 à 1 201,50 € par mois en 2026)
Pension d'invalidité, catégorie 2Capacité réduite d'au moins deux tiers, activité impossible50 % du salaire annuel moyen (338,31 à 2 002,50 € par mois en 2026)
Prévoyance collective ou individuelleSelon le contratVariable : souvent 70 à 100 % du salaire net, sous conditions

Pour Claire, une invalidité de catégorie 2 représenterait environ 1 200 € bruts par mois si ses dix meilleures années tournent autour de son salaire actuel. Mais le seuil des deux tiers de capacité perdue est exigeant, et un syndrome dépressif réactionnel a, par définition, vocation à guérir. Le relais le plus réaliste reste donc le mi-temps thérapeutique, dont nous avons calculé le reste à vivre.

La clause à relire dans votre prévoyance. Beaucoup de contrats versent leur indemnité « en complément des indemnités journalières de la Sécurité sociale ». Si la Sécurité sociale cesse de payer au bout d'un an, le complément peut s'arrêter en même temps. Cherchez dans la notice : la garantie est-elle due « tant que l'assuré perçoit des indemnités journalières » ou « tant que dure l'incapacité de travail » ? La différence vaut plusieurs milliers d'euros.

PLFSS 2027 : ce qui est annoncé, et ce qui ne l'est pas encore

Le budget de la Sécurité sociale pour 2027 doit être présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026, puis examiné au Parlement d'octobre à décembre. À la date de cet article, aucun texte n'est déposé. Voici ce qui est sur la table :

À retenir : tant que le projet de loi n'est pas voté puis publié, toute « nouvelle règle 2027 » sur les arrêts maladie reste une hypothèse. Méfiez-vous des simulations qui présentent ces annonces comme acquises.

Nous mettrons cet article à jour après la présentation du texte. Pour les autres postes de reste à charge qui augmentent cet automne, voir notre point sur les franchises médicales portées à 140 €, et pour l'accompagnement psychologique, le remboursement des séances de psychologue avec Mon soutien psy.

Que faire dès maintenant si vous êtes en arrêt long ?

  1. Situez votre arrêt dans le calendrier. Date de début, date des six mois, notification éventuelle de l'ALD : ces trois dates déterminent votre régime.
  2. Parlez à votre médecin traitant de la qualification médicale. Seul un médecin peut apprécier si votre situation relève d'une affection psychiatrique de longue durée. Ce n'est pas une démarche d'optimisation : c'est une question de diagnostic, qui mérite d'être posée dès lors que les troubles sont récurrents ou sévères.
  3. Anticipez chaque renouvellement : avec des prolongations de 62 jours maximum, planifiez le rendez-vous deux semaines avant l'échéance.
  4. Relisez votre notice de prévoyance (clause « en complément des IJ ») et, si vous êtes couvert par l'employeur, interrogez le service RH sur le relais au-delà d'un an.
  5. Préparez la reprise : visite de pré-reprise avec le médecin du travail pendant l'arrêt, puis étude d'un temps partiel thérapeutique avant le douzième mois.

Sources

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Équipe ideZen
Contenus rediges par l'equipe editoriale de ideZen, specialistes du secteur. Informations verifiees et sourcees. Cet article ne remplace pas l'avis de votre medecin ni celui de votre CPAM.

Questions frequentes

Le décret du 16 septembre 2026 limite-t-il la durée d'un arrêt maladie à un an ?

Non. Le décret n° 2026-866 ne touche pas à la durée médicale de l'arrêt : votre médecin peut toujours vous arrêter plus longtemps si votre état le justifie. Ce qui change, c'est la durée pendant laquelle l'Assurance maladie verse des indemnités journalières lorsque l'arrêt relève d'une ALD non exonérante : un an au maximum au lieu de trois, pour les arrêts prescrits à partir du 15 octobre 2026.

Qu'est-ce qu'une ALD non exonérante ?

C'est une affection qui nécessite un arrêt de travail ou des soins continus de plus de six mois, sans ouvrir droit à la prise en charge à 100 % des soins. Le ticket modérateur reste dû. Ameli cite l'exemple du syndrome dépressif réactionnel qui ne remplit pas les critères de la liste des ALD. À l'inverse, les affections psychiatriques de longue durée, comme la dépression récurrente ou les troubles bipolaires, figurent dans la liste des ALD exonérantes.

Je suis en arrêt depuis plusieurs mois : suis-je concerné ?

Selon le Code du travail numérique, les nouvelles règles s'appliquent aux arrêts prescrits à partir du 15 octobre 2026 et aux arrêts en cours qui atteignent six mois après cette date. Une personne déjà arrêtée depuis plus de six mois au 15 octobre 2026 reste sous l'ancien régime de trois ans. En pratique, un arrêt ayant débuté avant la mi-avril 2026 n'est en principe pas concerné. En cas de doute, interrogez votre CPAM par écrit.

Que se passe-t-il quand les indemnités journalières s'arrêtent au bout d'un an ?

Trois relais existent, aucun n'est automatique. Le temps partiel thérapeutique permet de reprendre partiellement avec des indemnités. La pension d'invalidité suppose une capacité de travail réduite d'au moins deux tiers et se calcule sur les dix meilleures années de salaire : 30 % en catégorie 1, 50 % en catégorie 2. Enfin, un contrat de prévoyance peut prendre le relais, à condition que ses garanties ne soient pas versées uniquement en complément des indemnités de la Sécurité sociale.

Le PLFSS 2027 va-t-il encore modifier les arrêts maladie ?

C'est annoncé mais pas encore écrit. Le Premier ministre a évoqué mi-septembre 2026 environ 2 milliards d'euros d'économies sur les arrêts maladie en 2027 et une fiscalisation des indemnités, sans en préciser le mécanisme. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027 doit être présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026, puis débattu au Parlement. Rien n'est adopté à ce stade.

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Sources : Code du travail numérique, ameli.fr, Service-Public.fr, Assurance maladie - Mis a jour le 29 septembre 2026

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